Posté le : 27-02-05 à 12:14
Titre : De Paris à Abu Dhabi

Le départ de l'aéroport parisien Roissy - Charles de Gaulle a été assez comique. La salle d'embarquement réunissait plusieurs dizaines de passagers en partance pour des destinations asiatiques, autrement dit des oasis de chaleur au regard de la rue parisienne sous le ciel de février. Sur les banquettes où siégeaient les passagers en attente, tout le panel des tenues était donc représenté, de la plus hivernale à la plus estivale !
L'avion de Paris à Abu Dhabi via Bahreïn comptait beaucoup de backpackers. Les vols opérés par Gulf Air sont en effet particulièrement économiques et bon nombre de routards de tous les âges en partance pour l'Asie choisissent cette compagnie. Autour de moi, les uns allaient à Bangkok, d'autres remontaient vers Kathmandou, quelques uns poursuivaient jusqu'à Kuala Lumpur. J'ai fait des rencontres intéressantes dans cet avion. Mes trois voisins marseillais par exemple partaient au Népal faire un 8000 mètres et acheminaient au passage plus de 30 kilos de médicaments pour un village près de la capitale. Devant moi, il y avait un jeune gars qui vit entre l'Asie et la France. Il vit en faisant les marchés, spécialement ceux de Noël et des plages en été, et le reste du temps il se balade et prospecte en Thaïlande, en Indonésie ou ailleurs pour trouver LE produit qui va cartonner. Apparemment, la fringue c'est saturé, le jeu en bois revient après avoir été saturé aussi (mais il faut bien les connaître et ça prend du temps d'expliquer les règles aux éventuels acquéreurs !), et le sac marche toujours bien...

Arriver dans l'aéroport d'Abu Dhabi, c'est comme entrer dans une nouvelle dimension. Il est tout petit, plein comme un oeuf et la moitié de la Terre semble s'y croiser ! D'ailleurs c'est bien de cela qu'il s'agit : Abu Dhabi et quelques autres villes des Emirats (Bahreïn, Dubaï...) sont les hubs de la compagnie Gulf Air et font transiter des passagers de partout vers partout, de San Francisco pour l'extrême ouest à l'Australie pour l'extrême est. Entre les deux : Peshawar, Dar Es Salam, Kathmandou, Damas, Nairobi, Le Caire, Delhi, Bangkok...

Une fois sorti de l'avion, on remonte plusieurs couloirs et on débouche sous une sorte de champignon géant, un champignon assez magique à vrai dire au vu de sa décoration qui ferait scotcher plus d'un. Du "pied" à l'intérieur du "chapeau", ce champi est couvert de mosaïques arabisantes bleues, vertes et blanches. Dans un autre style on pourrait s'imaginer à l'intérieur de l'un de ces oeufs russes peints à la turkmène ou bien dans "Alice aux pays des merveilles ottomanes". A mi-hauteur, un étage fait le tour du "pied" et offre une vue plongeante sur le rez-de-chaussée, occupé par des bijouteries gorgées d'or, quelques Mercedes à gagner par tombola et de nombreuses marques de luxe - sans compter les boutiques duty-free, qui doivent probablement compter parmi les gros chiffres d'affaires du monde.
Même à cette petite heure du milieu de la nuit, l'ambiance est survoltée et les discussions résonnent sous la voûte carrelée. Les fuseaux horaires s'emmêlent et livrent au sommeil des Occidentaux fraîchement arrivés, décalqués par le décalage horaire, affalés sur les sièges, tandis que des gamins en pleine après-midi courent autour de leurs mères voilées du bout des gants aux pointes des socquettes.
C'est une Babel où l'on croise des hommes d'affaires des cinq continents dans le costume international du business, des Saoudiens en gandoura et keffieh, des Indiennes en sari, des babs en tunique etc. Bref, on se croirait à la fois partout et nulle part. L'aéroport d'Abu Dhabi présente un mélange déroutant de cultures en juxtaposition, qui se côtoient apparemment sans heurt même si elles adoptent des formes quasi opposées.
Il y a notamment un brassage de licence et d'interdit très déconcertant : ainsi, dans les kiosques qui proposent la presse internationale, des femmes blondes, bronzées et court vêtues, au décolleté qui lève tout mystère sur leur anatomie, feuillettent des magazines de mode ou de cinéma où des décolletés bien moins tapageurs sont recouverts au feutre noir... Le tout à quelques mètres d'autres femmes dont on ne distingue à peu près que les yeux...
Autre bizarrerie, il n'y a pas de porte d'embarquement n° 13 !