Posté le : 27-02-05 à 12:14
Titre : D'Abu Dhabi à Delhi

Dans le second avion, celui pour Bombay, j'étais assise à côté d'un jeune Indien, 22 ans peut-être, qui bossait jusqu'alors à Dubaï en tant que "sauce cooker", une spécialité en soi dans la cuisine indienne. Il disait que Dubaï est une belle ville parce que... c'est propre. On a parlé de sa région, le Kerala (dans le sud de l'Inde). Je lui ai demandé s'il comptait prendre un train directement après l'arrivée à Bombay, il répondu que "no first shave and wash" (rasage et douche). Il faut dire qu'il était très barbu alors que les Indiens portent plutôt la moustache, et qu'ils l'entretiennent au millimètre près. Je lui ai alors demandé s'il était obligé de se laisser pousser la barbe pour travailler à Dubaï et lui répond que non, qu'en fait il vient de passer les six derniers mois en prison pour s'être battu avec quelqu'un !

On est arrivé à Bombay vers cinq heures du matin. Les vapeurs de la nuit posait une gaze blanche sur les bâtiments, les palmiers et les myriades de taxis. L'aéroport ne ressemblait pas vraiment à ce que j'avais imaginé. Je l'imaginais plutôt grand et relativement moderne, Bombay étant l'une des plus grandes villes d'Inde, la porte vers le centre et le sud du pays, un centre d'affaires, mais en fait le bâtiment n'est pas si grand, très allongé et un peu vide. Après le contrôle des passeports, je suis allée changer mes euros en roupies puis je suis sortie de la zone internationale.
Je m'attendais aussi à voir, une fois les portes franchies, des dizaines de visages et de panneaux avec des noms écrits au feutre, des taxis survoltés, des armées de porteurs de bagages, mais à nouveau j'ai été surprise par le calme du moment. Ca tenait probalement à l'heure, malgré tout très matinale.
Pour aller en ville, il y a des taxis prépayés, mais j'avais dans l'idée de sauter tout de suite dans le grand bain et de rejoindre le centre de Bombay en train local.

Ce trajet depuis l'aéroport a été un véritable ravissement. J'ai passé là un beau moment de transition et je me suis peu à peu installée dans l'idée et dans le fait d'être en Inde. L'avion mène si vite d'un point du globe à l'autre qu'il court-circuite la perception des lieux et l'arrivée a tout du mirage.
J'avais beaucoup de plaisir à me dire : "Ca y est, je suis en Inde". L'Inde était en effet l'un de mes finistères, l'un des "bouts du monde" de mon atlas personnel - y mettre le pied, c'est un rêve qui devient réalité.
Le jour se levait sur Bombay et il y avait toujours cette brume qui mettait de la douceur sur tout. Et puis j'étais dans un compartiment "Ladies only" qui tenait davantage d'un défilé de noces ou de mode tant les tenues des femmes étaient belles - et elles l'étaient tout autant ! Plusieurs adolescentes portaient jean et t-shirt mais la grande majorité des dames installées là portaient l'une ou l'autre des tenues traditionnelles : soit le sari (ou ici aussi), cette grande étoffe (5 ou 6 mètres sur 1,5) ajusté sans épingle ni bouton sur un jupon et un choli (blouse) qui prend les épaules et la poitrine en laissant le haut des reins nus, soit un shalwar kamiz, un ensemble composé d'une tunique plus ou moins ajustée, fendue jusqu'aux hanches, et portée sur un pantalon un peu large et coordonné.
J'ai échangé quelques mots avec des voisines, et puis il y a eu des regards amicaux, des sourires, ça m'a fait plaisir de commencer le voyage comme ça.