Posté le : 01-03-05 à 16:09
Titre : Bundi, le palais

Ici on tombe d’enchantement en ravissement ! Bundi se prête parfaitement aux premiers pas en Inde. C’est une petite ville posée entre deux crêtes qui pointent l’une vers l’autre comme les petits portes en métal qu’il y a en bas des flippers. Toutes les rues convergent en une seule, qui grimpe vers le palais du Maharadjah, posé sur le flanc de l’une des crêtes.
L’histoire de ce Maharadjah est assez curieuse : Bundi a été l’une des rares régions à rester indépendante pendant la colonisation anglaise. Ce n’est qu’en 1947 lors de l’indépendance de l’Inde, qui est alors devenue une nation souveraine, que Bundi a rejoint le giron national. Cinq ans plus tard, le Maharadjah de l’époque a quitté son grandiose palais pour un autre, plus petit et en contrebas dans la ville. Et oui, qui dit pas de pouvoir officiel dit pas de prélêvements fiscaux non plus et donc pas d’argent pour entretenir ce monument qui a quand même abrité une dynastie de 46 rois depuis sa création en 1347.
Le premier Maharadjah de Bundi a fait construire la plus grande part du palais. Il avait beaucoup d’épouses, aussi la partie de l’édifice réservé aux femmes, le zenana, est bien dix ou quinze fois plus grande que les appartements dévolus au Roi, à ses proches et à l'exercice du pouvoir. Il faut dire que les femmes, contrairement à lui, ne sortaient guère si ce n'est pas du tout…
Pour compenser l'enfermement, des attractions ont été construites, entre autres une piscine assez épatante et une gigantesque balançoire qui promet des loopings à se décrocher les sept voiles. Cette balançoire ressemble à un très haut porche sculpté où est accrochée une barre métallique qui devait devait tenir le siège. Les appartements de la Maharani, la première épouse, sont admirables. Les murs sont couverts de fresques aux sujets divers, des multiples dieux hindous sous plusieurs de leurs formes aux représentations du roi son époux dans de glorieux moments sans oublier eh eh quelques scènes de kamasutra pas piquées des hannetons. Il y a également d’étonnantes incrustations en miroir, des enluminures qui semblent peintes au cheveu et des motifs remplis à la feuille d’or ! Mais les infiltrations d’eau durant la mousson ont effacé des pans entiers de décorations. Autres beaux endroits, plusieurs balcons suspendus à la muraille, avec des dizaines de mètres de vide sous les pieds, offrent une vue à couper le souffle. On se croirait assis dans le ciel.
Il y a comme dans les harems toutes sortes d’astuces architecturales pour que les femmes puissent voir sans être vues (il faut bien s’occuper), des plus classiques paravents en pierre ou en métal sculptes aux marrants petits trous fondus dans les motifs decoratifs. Ceux qui donnent sur la cour privée du Roi, où avaient lieu des représentations de danse et de musique, sont multiples et s’adaptent même à toutes les morphologies : plus ou moins écartés l’un de l’autre, les doubles trous peuvent convenir à toute concubine ou épouse quel que soit l’écartement de ses yeux !
Cela étant, les aspects tragiques de la vie d'une concubine, en plus de l'enfermement, sont également présents à l'appel : à côté de la balançoire géante il y avait la marche sur laquelle avait lieu le sati, l'immolation des veuves.
Et pour finir sur une note moins dramatique, j’allais oublier les quelques passages secrets qui conduisent des appartements du Maharadjah au zenana et à celui de la Maharani… Des escaliers très très étroits et tortueux à souhait, installés entre deux blocs de salles, totalement impossibles à détecter ou même à soupçonner...
Bref, ce palais est un incroyable dédale de marbre, de fresque et d’or, et à l'époque (et même il y a 60 ans) il devait être fabuleux. Aujourd’hui, un grand nombre de pièces sont à l’abandon, au bénéfice des chauve-souris et des singes qui s'y sont installés.
Pour en finir avec l’histoire de cette famille royale, le dernier Maharadjah en titre vit donc un petit palais en ville et faute de descendance, c’est avec lui que s’éteindra la dynastie de Bundi.