Posté le : 06-03-05 à 15:51
Titre : Jaisalmer

De près, à la gare, les commerçants vénitiens prennent les traits de dizaines de rabatteurs. Ils sont tellement nombreux qu'un cordon de policiers les maintient à distance. Il faut dire que le tourisme est devenu la première ressource de la ville et les propriétaires de guesthouses se livrent une concurrence acharnée pour tirer le maximum de bénéfices, des nuits aux repas en passant par les fameux "camel safaris" qui font le gros du business de la ville.

Jaisalmer a une drôle d'histoire. Tout a commencé il y a bientôt dix siècles avec le Rajput fondateur de la ville nommé Jaisal. Pendant plusieurs centaines d'années, elle a prospéré grâce aux caravanes qui transportaient des épices, de l'indigo ou encore de l'opium. De cette époque datent de nombreuses havelis, de fastueuses maisons qui semblent sculptées dans le sable.
A l'arrivée des Anglais, Jaisalmer a décliné : l'Empire britannique a en effet developpé le transport par rail et par bateau (c'est à cette époque que Bombay a pris son essor grâce à son port). Les caravanes ont donc peu à peu disparu. Au milieu du XXe siècle, la séparation définitive entre le Pakistan et l'Inde a purement et simplement coupé la route. Dès lors, la ville est tombée dans une certaine léthargie. Tous ceux qui faisaient sa richesse et son animation, à commencer par les marchands, l'ont quittée pour Delhi et Bombay. Avec les conflits indo-pakistanais, elle a repris un certain essor grâce à l'armée qui en a fait une base arrière. Puis le tourisme a demarré jusqu'à devenir l'activité principale de la ville.

Concernant Jaisalmer, je suis assez partagée. C'est à la fois immanquable parce que le patrimoine architectural est exceptionnel, mais on peut à peine en profiter si on ne parvient pas à faire abstraction des vendeurs, des bannières de publicité qui traversent les rues, des étalages de t-shirts etc. C'est un harcèlement continu. Au début, j'ai détesté, ça faisait parc d'attraction. Puis j'y suis retourné le soir, puis le lendemain matin à l'aube, et ça n'avait rien à voir, la féerie de la ville est apparue. En plus c'était dimanche, il y avait des gamins partout et des familles au complet assises sur le pas des maisons et des temples. C'était une belle journée. J'ai appris, réappris, découvert, redécouvert des choses sur le voyage, notamment que les meilleurs passeports restent le sourire et le respect.