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Si Jaisalmer a donc pendant longtemps été une ville de
riches marchands, ses fondateurs étaient des guerriers, des seigneurs
qui n'ont pas cessé de se battre avec les peuples voisins voire
entre eux s'ils n'avaient rien de mieux à se mettre sous le fer.
Les Rajpouts ont profité du passage des caravanes pour mettre au
point un fructueux business. Ainsi, les braves marchands qui passaient
dans les environs devaient mettre la main à la poche ou plus vraisemblablement
aux marchandises pour s'acquitter de la "protection" des soldats
de Jaisalmer et passer en toute sécurité. La question que
je me pose, c'est est-ce qu'ils payaient pour que les Rajpouts ne les
pillent pas eux-mêmes ?!
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Les maisons des commerçants en ville, les fameuses havelis, montrent
que la protection était bel et bien un impératif. J'en ai
visité une qui était en substance un beau coffre-fort géant,
étonnant ! Il y a toutes sortes de tactiques qu'on ne peut découvrir
qu'avec une visite guidée. Ainsi, les portes sont petites et étroites
pour que les intrus ne puissent entrer que un par un (plus facile pour
les tuer), les marches sont de hauteur inégale pour dérouter
les assaillants et le coffre-fort est un conduit dissimulé derrière
une pierre plate pour qu'on n'entende pas de son creux en tapant .
C'est la maison tout entière qui est très ingénieusement
conçue. Pour parer la sécheresse de la région (c'est
l'extrêmité orientale de la bande désertique tropicale
nord, qui commence au bord de l'Atlantique avec le Sahara et s'étend
à travers l'Arabie, l'Iran et le Pakistan), les pierres ne sont
pas tenues par du mortier (qui nécessite de l'eau) mais par un
système d'encastrement et d'agrafes en métal. Les cinq ou
six étages des maisons pourraient se démonter plus ou moins
comme un Lego. D'ailleurs la balustrade qui donne sur la cour intérieure
est composée d'éléments à "attaches rapides"
: toujours dans le cas d'une intrusion, les soldats qui gardaient le lieu
pouvaient la démonter en un tour de main et jeter les blocs de
pierre sur les assaillants ! Et une fois l'attaque repoussée, les
méchants bien écrabouillés, remettre les armes improvisées
en place après éventuellement les avoir essuyées
d'un coup de chiffon...
Autre tour de main impressionnant : la décoration. Elle est foisonnante,
des bas-reliefs aux sculptures ornementatives en passant par les panneaux,
les bordures du toit... Comme tout ne peut pas être d'un seul tenant,
les fleurs par exemple (de gros lotus de la taille de deux poings) sont
vissées dans les rebords des toits par un système à
vis ou à baïonnette (et tout ca en pierre !).
Encore quelques entourloupes architecturales : tous les niveaux sont à
une hauteur différente, aussi il est difficile de deviner si les
plafonds et les sols recèlent des espaces ou non. Plusieurs réduits
sont ainsi dispersés dans la maison et servaient à la fois
de réserve, d'isolation pour le son et la température mais
aussi de cachette - toujours en cas d'intrusion - pour les biens comme
pour les personnes.
Et enfin, comme l'eau était rare, il y avait tout un système
de récupération et de recyclage qui faisait que l'eau servait
au moins quatre fois : toilette, lessive, nettoyage puis WC.

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