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Conclusion de la première partie
Internet est
un média révolutionnaire. Ses caractéristiques
techniques le dissocient des autres mass media, qui sont en prise
à la finitude et la périodicité. Le web est
un continuum en termes de temps et d'espace : c'est un work in progress
inscrit dans la durée et une vaste unité composée
de millions d'éléments connectés entre eux.
Ces données inédites dans le paysage médiatique
induisent des formes et des contenus nouveaux exploités par
des "cyber gens de lettres". Conseil automatique du client
dans les webrairies, uvres hypertextuelles et multimédia,
forums de discussion thématiques
le monde littéraire
a été grandement revisité par Internet.
Ces formes et contenus sont-ils plus nouveaux qu'innovants ? Les
multiples filiations citées dans cette étude (libraire
traditionnel, Queneau, salons littéraires
) montrent
que les apports du numérique développent des idées
et des principes qui existaient déjà. La révolution
accomplie par Internet est donc plus proche de celle de la Terre
que de celle de 1789 : dans le domaine littéraire, le web
a permis de revisiter des traditions anciennes et des formes disparues
centrées sur la lecture et le lecteur.
Depuis l'avènement de l'alphabétisation obligatoire,
de la publication de masse et de la vente du livre en grandes surfaces,
en somme depuis le début du XXe siècle, la littérature
était devenue la chose des institutions littéraires.
Les éditeurs, détenteurs du pouvoir économique,
et les institutions, investies du pouvoir symbolique, ont développé
leur main-mise sur la littérature en réglementant
sa matérialisation : le livre.
Sur le web, espace virtuel, il n'y a que des textes, et non des
livres :
"C'est pour cela que les éditeurs et les fabricants
de logiciels ont voulu limiter, voire annihiler la nouvelle malléabilité
du texte. Ils recherchent des formes de livres électroniques
"sécurisés", que le lecteur ne peut pas
modifier, copier, voire imprimer."
Ce retour à la source de la littérature a soulevé
la question de la légitimation du contenu numérique
littéraire, et plus généralement celle de la
légitimation de l'Internet littéraire dans son ensemble.
Le livre est un enjeu économique et symbolique majeur dont
les institutions littéraires ne comptent pas se laisser déposséder.
Elles manifestent donc face au web une prudence extrême, imitée
par une partie du public.
SUITE
II. Les acteurs traditionnels résistent
aux NTIC |