CONCLUSION DU MEMOIRE
Au terme de
cette étude des institutions littéraires mises en
ligne, il est apparu que l'idée de "révolution",
évoquée à de nombreuses reprises lors de l'émergence
d'internet dans la sphère du grand public, concernant les
applications des nouvelles technologies de l'information, est plus
pertinente qu'il n'y paraît. Au-delà de l'innovation
et de l'enthousiasme généré par ce "champs
des possibles", la manière dont Internet revisite la
littérature marque un retour à des traditions littéraires
anciennes. La notion de retour à un point donné est
une acception de "révolution" notamment employée
en astronomie : il est alors question du retour périodique
d'un astre au même point de son orbite. Le champ littéraire
tel qu'il existe sur le web revisite des formes historiquement datées.
Ainsi le "salon", sur des principes anciens, entame une
nouvelle existence. Internet, scène mondiale et moyen de
communication interpersonnelle, rétablit une société
de parole directe entre passionnés. Cet accès direct
interpersonnel, dans la sphère de la littérature,
avait été perdu au cours du XXe siècle avec
l'arrivée massive des médias, qui ont drainé
et monopolisé la parole publique. En l'espace d'un siècle,
leur essor massif a promu la médiatisation a la place de
la médiation. Le choix des préfixes dans la formation
des termes liés à la communication est révélateur
: télégraphe (1792), télégramme (1859),
téléphone (1834), télécommunication
(1904), télévision (1913)
"télé"
vient du grec têle, "loin", et signifie "au
loin, à distance". Il a généré
les noms de l'ensemble des procédés de transmission
d'informations à distance
jusqu'à internet.
Le préfixe "inter-", du latin inter "entre",
place la relation réciproque avant l'espacement. L'e-media
est paradoxalement un média immédiat, basé
sur la multiplication des liens et des contacts et non sur un apport
d'informations à sens unique.
L'outil Internet
est donc propre à subvertir le système des médias
et permet en particulier aux auteurs de reprendre dans le champ
littéraire la place centrale qu'ils avaient perdue. Si révolution
numérique il y a, elle ne se situe pas ou alors très
modestement du côté du multimédia : c'est au
niveau du réseau Internet que s'ouvrent les perspectives
les plus intéressantes. Les institutions littéraires
traditionnelles ont réussi de manières diverses leur
passage sur Internet. Les plus institutionnelles ont effectué
une démarche symbolique qui ne dépasse pas la mission
d'information publique (Académie française) ou la
tentative vaine d'imprimer leur marque sur le réseau (INALF).
Les éditeurs et les promoteurs du livre électronique,
à l'exception de certains, n'ont pas su définir le
modèle économique et juridique approprié au
net. Avant de pouvoir être exploité à des fins
commerciales, le champ littéraire en devenir sur Internet
doit au préalable poser ses bases en tant que "milieu".
Les écrivains et les amateurs de littérature en sont
les meilleurs défricheurs.
|